Faire appel à des femmes d’Europe de l’est pour diaboliser le Qatar : la nouvelle technique des partisans du blocus

lundi, 19 février 2018 10:59

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La conférence annuelle sur la sécurité internationale s’est tenue ce week-end à Munich. A cette occasion, des dizaines de chefs d’Etat et de gouvernements ainsi que des ministres y ont pris part. Mais en marge de l’événement, certains lobbyistes ont tenté de profiter du moment pour faire avancer leur agenda improbable.

Depuis le début de la crise du Golfe, pas une semaine ne passe sans que les pays initiateurs du blocus du Qatar ne s’activent pour organiser un colloque, un rassemblement ou une pétition, notamment dans les pays occidentaux. Ces derniers jours, ils ont jeté leur dévolu sur la ville de Munich, espérant tirer parti de la Conférence internationale sur la sécurité mondiale pour faire entendre leurs revendications.

De Paris à Munich, l’envers du décor du CEMO

A la baguette, le très orienté CEMO (Centre d’études sur le Moyen-Orient) basé à Paris mais dont le champs d’action semble désormais s’étendre au niveau européen. Structure inconnue du circuit des centres de recherche ou des think tank reconnus, l’activisme compulsif de ses dirigeants ne laisse guère de doute sur son orientation idéologique. Parmi ces derniers, on trouve un certain Abdelrahim Ali dont le passé peu glorieux en faveur du régime putschiste d’Egypte le rend peu crédible dans ses prises de position. Il y a quelques semaines, il avait organisé à l’hôtel Meurice de Paris une conférence toute entière consacrée à l’accusation d’un financement du terrorisme par le Qatar sans jamais mettre en question le rôle trouble qu’auraient pu jouer les régimes saoudien, égyptien et émirien dans l’émergence de ce fléau.

Ces derniers jours, le même CEMO a organisé à Munich une conférence intitulée « Le rôle du Qatar dans le soutien au terrorisme et aux groupes extrémistes ». Sur son site internet, l’organisateur précise que « ladite Conférence discutera le degré d’implication de Doha dans le financement et la planification d’opérations terroristes. » Néanmoins, et c’est une constante depuis sa naissance, les conférences du CEMO sont boudées par le public, ses activités ne brassant qu’une poignée d’individus. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’à chaque fois, les participants présents sont des connaissances des organisateurs appelées à la rescousse pour « remplir la salle » et éviter le spectacle humiliant d’un auditoire vide. Mais l’activité de propagande organisée ce week-end dans la capitale de la Bavière a eu ceci de particulier que l’organisateur a fait appel pour occuper les chaises à … des femmes d’Europe de l’est !

Payer des femmes pour combler le vide ?

Pour s’en convaincre, il faut voir le document d’Al Jazeera qui a dévoilé les dessous du scandale. Dans un reportage diffusé récemment, la chaîne d’information a en effet fait état des tenants et aboutissants de cette conférence dans laquelle on voyait une maigre assistance écouter les différentes interventions. Originaire d’Ukraine et de Serbie, la vingtaine de femmes qui composait le public ne semblait pas être intéressée par les propos tenus par les orateurs dont l’essentiel du discours tournait autour de la diabolisation de l’émirat gazier, la nécessité de le boycotter ou de lui retirer l’organisation du Mondial 2022. Preuve s’il en fallait du ridicule de la situation, certaines ont même affirmé avoir été payées pour être là…

Cet événement est donc à ajouter à la longue liste des activités menées par le clan émiro-saoudo-égyptien en guerre contre le Qatar. L’été dernier, le journal Le Monde indiquait que le même type de conférence avait été organisé à Londres par un dissident qatari pour torpiller la famille royale régnant à Doha. Avec une assistance essentiellement composée d’Emiriens, d’Israéliens ou d'ex-responsables américains et britanniques, l’événement avait viré au fiasco tellement les propos étaient orientés et incohérents. Ces derniers jours, c’est le site du journal Jeune Afrique qui dévoilait comment les réseaux des pays du blocus avaient organisé un atelier au parlement européen tellement biaisé que certains des intervenants annoncés ont décidé d’annuler leur participation. Là aussi, le mode opératoire était le même, à savoir inviter des journalistes, décideurs politiques ou leaders d’opinion à s’associer à l’activité pour noircir la réputation de Doha quitte à offrir des "récompenses" de différente nature. S’agissant de l’opération de Munich, certains sites arabophones ont ainsi fait état de dizaines de milliers d’euros déversés. Mais ce qui interpelle dans ces manœuvres n’est pas tant l’activisme de ses promoteurs que l’impossibilité de se questionner sur le fait que pareille attitude est suicidaire puisqu’on peine à croire qui pourrait se laisser convaincre par une démarche frappée d’une telle médiocrité…

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