Entretien avec Samir, expatrié français aux Emirats arabes unis

mardi, 11 juillet 2017 08:47

rtx145nmCredit : Courrier International1) Bonjour Samir. Vous êtes de nationalité française et vous êtes installé à Dubaï depuis quelques années. Que pouvez-vous nous dire sur la situation aux Émirats arabes unis depuis le blocus du Qatar entamé le lundi 5 juin dernier ? 

Il faut d’abord savoir que la situation à Dubaï se qualifie peu à travers ses citoyens mais plutôt à travers les expatriés qui constituent plus de 85% des résidents. La diversité des origines des expatriés se traduit par une diversité dans les lectures politiques et dans les opinions. Cependant ce que tout le monde s’accorde à dire, c’est que les sanctions ont été prises de manière soudaine, agressive, dans une volonté de nuire non seulement au gouvernement qatari, mais aussi dans une volonté de prendre en otage la population qatarie.

Concrètement cela se traduit par le délai particulièrement court (14 jours) donné aux résidents qataris pour évacuer le pays, sachant que certains d’entre eux ont des affaires en cours, ainsi que des activités personnelles. Malgré cette perception qui est plutôt admise par l’ensemble des résidents à Dubaï, cela ne se traduit pas dans l’expression publique compte tenu des sanctions drastiques promises par le gouvernement à toute personne qui exprimerait une « sympathie » envers le Qatar ou ses alliés. Al-Jazeera est également désormais inaccessible par internet ou par la télévision. C’est donc un sujet plus que tabou, ou tout le monde « risque très gros » si on en parle. Le sujet ne peut être abordé sereinement qu’entre familles ou amis proches. Il a été même tabou d’évoquer ce sujet entre collègues, sachant qu’ayant des bureaux au Qatar, cela a un impact direct sur nos affaires en termes de coûts, d’efforts et de temps.

2) Les gens à Dubaï sont-ils préoccupés par la montée des tensions dans le Golfe ?

Oui, car il a été montré que des décisions arbitraires peuvent être prises du jour au lendemain et de manière très coordonnée entre plusieurs Etats dans la région ce qui constitue une source d’instabilité pour ceux qui se sont installés dans la région.

3) Perçoit-on une vraie frayeur populaire quant à l'avenir proche ?

Je ne parlerai pas de frayeur, mais plutôt d’inquiétude, en particulier pour tous les hommes d’affaires qui ont entrepris des projets au Qatar. Pour le reste de la population, il s’agit de rester très vigilant et de s’autocensurer pour n’exprimer aucune opinion qui contrarie le gouvernement émirati.

4) Qu'en est-il au niveau professionnel ?

D’un point de vue pratique, pour tous ceux qui voyagent fréquemment de Dubaï à Doha, et vice versa, la nouvelle situation impose des escales compliquées à Muscat (Oman). D’ailleurs, la bataille entre ces pays se joue aussi dans les airs. Fly Emirates et Qatar Airways sont les deux plus grandes concurrentes dans la région, et ont toutes les deux réussi à faire de leurs aéroports des hubs internationaux de premier plan. L’embargo imposé au Qatar ne laisse qu’un couloir aérien très étroit à Qatar Airways et relaye ainsi la compagnie sur un second plan. Fly Emirates qui se trouvait dans une situation financière délicate profitera certainement significativement de cet embargo.

5) Que dit la communauté expatriée française ?

La communauté expatriée française garde surtout le silence, comme toutes les autres communautés.

6) Enfin quelle est l'ambiance dans les mosquées ?

Les mosquées se font dictées des prêches par le gouvernement où des condamnations claires sont formulées à l’encontre du Qatar invoquant des raccourcis caricaturaux, pour appuyer des propos d’une simplicité d’esprit qui ne laisse pas à désirer. Cependant, les prêches en arabe sont précédés par des prêches en anglais effectués par des Imams anglo-saxons qui ayant plus de marge de manœuvre tiennent un discours spirituel et non politique. Les fidèles ont donc le droit à deux prêches différents qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

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