Ankara et Doha s’accordent sur le déploiement des premiers soldats turcs au Qatar

lundi, 15 mai 2017 21:18

qatarbasemilitaireturqueCredit : Middel East Confidential Selon le quotidien turc anglophone Hurriyet Daily News, Ankara et Doha concrétisent la première phase de l’accord signé en décembre 2014 pour l'établissement d'une base militaire permanente turque au Qatar. Six cents soldats et officiers turcs devaient bientôt être transférés dans l’émirat.

La coopération bilatérale entre les deux capitales est sur le point de franchir une étape importante. En effet, la Turquie et le Qatar matérialisent la première phase de l’accord stratégique signé le 19 décembre 2014 à Ankara en vue d'approfondir la coopération militaire, permettant notamment le déploiement de troupes turques sur le sol qatari. Cet accord a ouvert la voie à la prochaine ouverture d’une base militaire permanente qui, selon les médias turcs, sera en mesure d'accueillir à terme un effectif de plusieurs milliers de soldats

Premier déploiement de soldats turcs

Le général Ihsan Bulbul, sous-secrétaire du ministère turc de la Défense, a déclaré le 4 mai à la Commission des Affaires étrangères du Parlement qu'un « déploiement tactique mixte turco-qatari » verrait le jour à Doha. Celui-ci devrait dans un premier temps accueillir 500 à 600 soldats détachés et sera supervisé par un commandement conjoint de généraux des deux pays. Précisant que le dispositif était déjà sur les rails depuis plusieurs mois, le général a ajouté « qu'il y a actuellement 94 soldats turcs qui ont effectué leurs premiers exercices conjoints au Qatar depuis 2015 »

Selon différents organes de presse, Ankara aurait demandé d'augmenter la superficie de la base, mais le gouvernement qatari n'aurait pas encore apporté de réponse. Semblant bien introduit auprès de l'état-major, le quotidien Hurriyet Daily News rapporte que les deux alliés pourraient revoir les contours de l’accord en élargissant l’étendue de la base. Signe de son importance, c'est la première initiative de défense majeure que Doha signe avec l'armée d'un Etat musulman. Depuis sa naissance, l'émirat avait en effet pris soin de déléguer la mission hautement stratégique de défendre son territoire à des armées exclusivement occidentales. 

Critiques de l'opposition turque

Cette décision du gouvernement turc a fait réagir l'opposition qui se dit aussi bien mécontente qu'étonnée de l'envoi de forces armées dans un émirat dont la pratique de l'islam et les options géopolitiques ne seraient pas en adéquation avec l'intérêt national supérieur. Le député d'Istanbul Oğuz Kaan Salıcı du Parti populaire républicain (CHP) a critiqué cet accord en affirmant que celui-ci était « arbitraire par nature »« Nous envoyons des troupes au Qatar et y établissons une base que le Qatar finance. Quel est l'intérêt de la Turquie pour cette initiative? Quel est l'intérêt du Qatar? Nous devons étudier dans les détails les relations de la Turquie avec le Qatar, puisque nous ne pouvons pas identifier la signification stratégique de celles-ci », a-t-il ainsi déclaré.

Importance stratégique de l'axe Doha-Ankara 

Toutefois, le sous-secrétaire adjoint du ministère des Affaires étrangères Ümit Yardım a déclaré que la région du Golfe revêt une importance stratégique pour les missions turques. « La région du Golfe, où se trouve le Qatar, est confrontée à des problèmes très graves en matière de sécurité. Toutes les organisations terroristes opérant au niveau mondial, en particulier des organisations telles que le PKK, le PYD, Daech et al-Qaïda constituent une menace sérieuse pour la stabilité régionale. En ce sens, nous pensons que nous avons des intérêts partagés avec le Qatar qui méritent un approfondissement de la coopération  bilatérale », a ainsi affirmé Yardım.

Cette volonté de renforcement de la relation stratégique est également de mise à Doha. Avec cette nouvelle base, l'émirat consolide sa sécurité en s'offrant le parapluie d'une armée qui se classe parmi les plus puissantes de la région. Malgré les baisses des revenus pétroliers qui voit le Qatar être confronté à une seconde année consécutive de déficit, l'autre enseignement à tirer de cet accord est que le dossier de la défense nationale fait partie des rares domaines qui ne subissent pas des restrictions de budget. 

 

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